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[Décryptage] - Agriculteurs : être chef d’entreprise pour survivre ?

  • Photo du rédacteur: Louise
    Louise
  • il y a 2 heures
  • 3 min de lecture

Face aux transformations du monde agricole, une réalité s’impose : le métier d’agriculteur ne cesse d’évoluer.  La complexité croissante du métier pousse aujourd’hui nombre d’exploitants à devenir de véritables chefs d’entreprise. Une évolution qui bouscule les repères, mais qui ne signe pas pour autant la fin des fermes familiales.


thé ancien

« Moi, je ne veux pas être entrepreneur, je veux rester agriculteur. »

Cette réaction, un agriculteur en grandes cultures me l’a adressée lors d'un récent échange sur la crise agricole. On m’avait demandé de partager mon analyse sur le sujet. Parmi les pistes de réflexion évoquées pour sortir de la crise, j’ai avancé l'idée d'un accompagnement des agriculteurs à devenir de véritables chefs d’entreprise agricole.

Car le contexte s’est considérablement complexifié. Aujourd’hui, on ne peut plus espérer pérenniser une exploitation en s’occupant uniquement de ses champs ou de ses animaux, aussi compétent soit-on dans ces domaines. Cette période, qu’a connue la génération précédente, semble révolue.

C’est une réalité difficile à accepter. Parfois presque un deuil à effectuer. Parce que les agriculteurs devraient pouvoir vivre dignement de leur travail en se concentrant sur leur cœur de métier, comme l’ont fait leurs parents et leurs grands-parents. Par attachement à cette histoire familiale, on aimerait continuer à voir fonctionner ces fermes « à l’ancienne ».


Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus.

Être agriculteur exige désormais davantage que des compétences techniques. Il faut avoir une vision de long terme pour son exploitation, diversifier ses activités pour répartir les risques, suivre ses indicateurs économiques, arbitrer ses investissements ou encore manager des salariés. Le métier s’est profondément transformé sous l’effet de contraintes multiples : volatilité des prix agricoles, hausse des charges, exigences environnementales, innovation, pression administrative et attentes sociétales croissantes. Toutes ces dimensions ont peu à peu modifié la réalité quotidienne du métier.

Pour autant, cette évolution ne signe pas la fin des fermes familiales.


Depuis la création de La Clé des Champs il y a six ans, j’ai visité plus de 200 exploitations agricoles partout en France. Et sur le terrain, j’ai rencontré de nombreux agriculteurs et agricultrices récemment installés qui ont su préserver l’esprit de leur ferme familiale tout en réinventant leur modèle.

Certains ont diversifié leurs productions, d’autres leurs circuits de commercialisation. Certains ont développé l’agritourisme, d’autres se sont équipés d’outils de pilotage pour mieux maîtriser leurs coûts et leurs marges. Tous ont cherché à adapter leur exploitation pour pérenniser le travail de plusieurs générations.

Beaucoup d’entre eux ont aussi découvert dans cette dimension entrepreneuriale une nouvelle manière de vivre leur métier : développer, innover, se remettre en question et améliorer.


Mais tout le monde n’a pas cette appétence. Certains se sont installés pour être éleveurs ou cultivateurs, pas pour gérer la complexité et le stress d’une entreprise. Si l’on veut ralentir la baisse du nombre d’exploitations, ces agriculteurs devront être mieux accompagnés.

Cela suppose une vision politique claire sur le long terme pour l’agriculture française, qui fait aujourd’hui défaut. Cela suppose aussi que les acteurs qui entourent les agriculteurs — coopératives, chambres d’agriculture, organisations professionnelles — remplissent pleinement leur rôle d’accompagnement pour les guider dans la complexité qui les entourent.

Le monde agricole est aujourd’hui à un tournant. Ces évolutions traduisent aussi la formidable capacité d’adaptation d’un secteur qui a toujours su évoluer pour continuer à nourrir le pays. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre agriculture familiale et modernité, mais de construire un cadre qui permette à chacune de ces formes d’exister.


L’essentiel reste de permettre aux agriculteurs de continuer à faire ce qu’ils ont toujours fait : nourrir le pays.




 
 
 

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